Spectacle jukebox ou pièce musicale : quelle différence ?
« On prend des chansons connues et on monte un spectacle ? Pas tout à fait ! »
ABBA, Goldman, Céline Dion, France Gall, Queen… Utiliser des chansons que tout le monde connaît pour créer un spectacle n'a rien de nouveau. Mais lorsqu'on construit une histoire autour de titres déjà existants, parle-t-on forcément de « spectacle jukebox » ? Pas tout à fait.
La différence ne tient finalement pas aux chansons utilisées, mais à la place qu'elles occupent dans le spectacle.
Quand l'histoire accompagne les chansons
Dans un spectacle jukebox traditionnel, les chansons constituent généralement le point de départ. On choisit un répertoire, un artiste, une époque ou un thème, puis on imagine une mise en scène et éventuellement un fil conducteur permettant de relier les différents titres.
Une rencontre permettra par exemple d'introduire une chanson d'amour, une séparation une chanson de rupture, un moment de fête un morceau entraînant…
L'histoire accompagne alors principalement le répertoire.
Cela ne signifie évidemment pas qu'il n'y a ni scénario ni mise en scène : ceux-ci peuvent être très élaborés. Mais les chansons restent le cœur autour duquel le spectacle a été construit.
Quand la chanson devient une scène
Dans une pièce musicale, la logique est différente.
On construit d'abord une véritable histoire : des personnages avec leurs propres personnalités, des relations, des objectifs, des conflits, des événements et une évolution.
Les chansons préexistantes sont ensuite utilisées comme de véritables éléments de dramaturgie.
Un personnage ne chante plus simplement parce qu'une chanson correspond au thème de la scène. Il chante parce qu'à cet instant précis de l'histoire, la chanson permet d'exprimer ce qu'il pense, ressent, comprend ou décide.
Elle peut remplacer un monologue, prolonger un dialogue, révéler quelque chose qu'un personnage n'ose pas dire ou encore provoquer un tournant dans l'histoire.
Idéalement, lorsqu'une chanson se termine, la situation n'est plus exactement la même qu'avant qu'elle commence.
Un petit test très simple
Pour distinguer les deux, il existe une question assez efficace :
Que reste-t-il si l'on retire toutes les chansons ?
S'il reste essentiellement un enchaînement de situations permettant d'introduire les différents morceaux, nous sommes plutôt face à un tour de chant scénarisé ou à un spectacle jukebox.
Mais s'il reste une véritable pièce, avec une intrigue que l'on pourrait suivre du début à la fin, des personnages qui évoluent et des événements qui ont des conséquences, nous nous rapprochons de la pièce musicale.
Et pourtant… les deux peuvent se mélanger !
Car les deux termes ne sont pas réellement opposés.
Le terme « jukebox » renseigne surtout sur l'origine des chansons : elles existaient avant le spectacle.
Le terme « pièce musicale » renseigne davantage sur la façon dont le spectacle est construit.
On peut donc tout à fait créer une pièce musicale jukebox : raconter une véritable histoire tout en utilisant exclusivement des chansons déjà connues.
C'est notamment le principe de Mamma Mia! : les chansons d'ABBA n'ont évidemment pas été écrites pour raconter cette histoire. Pourtant, elles ont été intégrées à une véritable intrigue et placées dans la bouche des personnages pour participer au récit.
Et c'est précisément là que réside tout le défi de l'écriture : prendre une chanson que le public connaît parfois par cœur et réussir, pendant quelques minutes, à lui donner l'impression qu'elle a toujours été écrite pour cette histoire et pour ce personnage.
Et chez Artistes en Scène ?
Au fil de nos créations, nous avons justement exploré ces deux façons de construire un spectacle à partir de chansons que le public connaît déjà.
Avec Voyages Voyages, Cinemotion, Time Machine ou encore notre prochaine création Millenium, nous sommes du côté du spectacle jukebox: un thème, un univers ou un concept sert de fil conducteur et nous permet d'imaginer un voyage à travers les chansons. Le répertoire est au cœur du spectacle et la mise en scène vient lui donner une cohérence, un rythme et une identité.
À l'inverse, Sous le Ciel de Paris, Dreamstory ou Salut les Yéyés se rapprochent davantage de la pièce musicale. Nous y suivons des personnages et une véritable histoire. Les chansons ne sont plus seulement les étapes d'un spectacle : elles deviennent des moments de cette histoire, prolongent les dialogues, expriment les sentiments des personnages ou accompagnent leurs transformations.
Dans les deux cas, nous utilisons pourtant le même matériau : des chansons qui existaient bien avant nos spectacles.
Ce qui change, c'est la manière de les raconter.
D'un côté, nous construisons un spectacle autour des chansons.
De l'autre, nous faisons entrer les chansons dans une histoire.
Et c'est peut-être finalement la façon la plus simple de résumer toute la différence.